07 mars 2006

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J'écris parce qu'il me manque. Ma mère rédigeait son journal alors qu'elle était avec son chéri – mon père. Moi, je n'ai commencé à écrire que lorsqu'il est parti. Depuis, mon cahier me suit tous les jours, à tous les endroits possibles. Je ne le lâche plus. Ce cahier a pris un aspect rassurant pour moi : je pensais y noter tout notre passé à l'intérieur, mais je n'ai su que mélanger le passé et le présent. Je n'arrive tout simplement pas à concevoir qu'il ne soit plus là pour vivre ce présent avec moi.

Quand il est parti. J'ai vite sombré. C'était inévitable. Il avait toujours été là pour moi, toujours. Et du jour au lendemain, j'étais seule, sans explication, aucune. Cela peut sembler banal de le dire, mais je me suis retrouvée comme des milliers de filles à pleurer mon chéri envolé. Totalement niais, mais c'était la vérité. Je me suis retrouvée à pleurer. Seule. Et depuis, même si les larmes se sont quelque peu taries, je n'arrive pas à refaire surface. Sa présence tapisse toujours mon coeur. Je suis habitée par lui. C'est plus fort que moi. Cet amour me dépasse. Il est en moi, c'est ainsi. Je ne sais pas me battre contre lui. Que serais-je devenue s'il n'avait pas été là pour m'aimer ?


La première année sans lui, je me suis retrouvée en cité universitaire. J'étais une parmi tant d'autres. Personne ne me connaissait, cela me plaisait assez en arrivant dans cette chambre estudiantine. Et puis des groupes se forment, en fonction des étages, des affinités, des études. Alors quand j'en ai eu marre d'être regardée bizarrement, j'ai fait comme les autres : j'ai socialisé. Je me suis mélangée parmi les autres.

 

Pour tout le monde, j'étais devenue mademoiselle Rose. Et ce surnom était bien gentil en comparaison avec la quantité absolument monstrueuse de rose que j'ai pu parsemé à tous mes passages. Mon sac était rose, ma montre, mes bijoux, une bonne partie de mes cheveux, ma chambre avait les murs recouverts de posters roses... je vivais dans une vraie bonbonnière, j'aurais tenté n'importe quoi pour faire venir le bonheur à moi. Cela intriguait plus d'une personne. Je ne parlais pas beaucoup, je ne souriais pas non plus des masses, mais j'étais nettement reconnaissable. J'avais besoin de cela, que les regards se tournent vers moi quand je passais dans un endroit. Il le fallait. Il le fallait. Il fallait que ces regards convergent vers moi, car ses yeux n'étaient plus là pour me voir.

Les invitations se sont succédées. J'étais toujours partante. Totalement rigolote et amusante. Je ne buvais pas mais je riais plus que quiconque. J'étais toujours accompagnée d'un garçon différent, ou d'une fille, cela n'avait pas d'importance. On me raccompagnait à la porte de ma chambre d'étudiante. Je pense qu'ils étaient attirés par ce silence lourd et fragile qui se dégageaient de moi, mais je ne laissais personne me toucher. C'était tout simplement une insulte envers mon propre corps sur lequel ils voulaient poser leurs mains. C'était une insulte envers moi-même car une seule personne pouvait poser ses mains sur moi. Invariablement, je fermais ma porte sur leur mine déconfite. Alors je replongeais dans ce monde rose bonbon que j'avais crée, et seulement à cet instant ils auraient pu lire la tristesse qui m'habitait, mais la porte était fermée. Fermée.

Posté par loonea à 00:57 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


Commentaires sur 11

    C'était une bonne idée, le rose, non ? Moi je passe par ici, je lis tout, et je n'sais même pas quoi dire. A part que c'est beau. Chut ...

    Posté par Pourquoi-carotte, 17 avril 2006 à 14:58 | | Répondre
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