30 mars 2006

13

J'ai réprimé un lourd sanglot au réveil. Impossible de me détacher, impossible d'oublier cette image. Cette lettre.

En fait, c'était un rêve totalement crétin. Mais tout semblait si réel. Je lisais son écriture, ses mots et sa voix résonnait comme un écho à son absence. Tout semblait si réel.

 

« Mon Petit Poucet,


cela fait déjà presque deux ans que je t'ai quittée sans un mot. Je pense souvent à toi. Non. Je mens. Je pense tout le temps à toi. Tu es toujours présente en moi et j'ai peur qu'il ne t'arrive quelque chose et que je ne sois pas là pour toi. J'ai peur aussi de revenir trop tard et de te voir envolée : envolée dans les bras d'un autre ou envolée parce que tu aurais tellement changé que je ne serais plus capable de reconnaître tes yeux clairs dans le visage de la nouvelle toi. C'est étrange ce que je dis... je ne sais même pas si tu pourras me lire tellement je tremble.

Je me souviens de tout. De ton sourire au réveil, de tes cheveux ébouriffés. De tes pas précipités pour aller en cours parce que tu étais en retard. De tes mains qui me poussent pour que je sorte de la douche pour que tu puisses te laver à ton tour. De tes mains qui me poussent à nouveau quand j'essaye bravement de te cuisiner un petit quelque chose... de tes mains qui enserrent ma taille, ta tête qui
se pose sur mon dos et ta demande d'attention. Tes yeux qui brillent quand je te souris. Non. Tes yeux qui brillaient quand je te souriais.

Comment t'expliquer pourquoi je suis parti ? Comment te dire tout cela Poucette ?

Tu es mon amie d'enfance, ma meilleure amie, mon amour et moi j'étais le seul élément masculin dans ta vie. Il n'y avait que ta grand-mère et moi pour toi. Et je n'ai pas eu le courage d'affronter cela, de risquer de lire la déception dans ton regard, de faillir à cette promesse que je m'étais faite en CP quand j'ai tout fait pour redoubler pour veiller sur toi. Je ne voulais pas être séparé de toi, et je supportais encore moins qu'on puisse te faire du mal. Je veillais jalousement sur toi comme un grand frère aurait pu le faire, mais c'était un sentiment tout autre qui était en moi : je t'aimais déjà. J'ai dû t'aimer dès la première seconde alors que je n'étais qu'un bébé quand ta grand-mère me gardait l'après-midi, à tes côtés. Et puis même si je suis tombé amoureux de toi plus tard, ce n'est pas important. Ce sentiment a toujours été présent au fond de moi et il primait sur tout.

Mais finalement je suis parti, je t'ai quittée. »


Ni mot, ni signature pour clore cette lettre. J'en étais soulagée dans mon rêve, comme si ainsi, cela me laissait une porte de sortie au lieu de lire un blessant et froid «  Adieu ».

A mon réveil, ces mots imaginés par mon inconscient m'ont fait du bien. Ils ont soulagé cette lourdeur causée par l'absence et surtout j'ai pris conscience de la vérité de son départ, de cet amour malgré son absence...  pour moi, c'était vrai et c'est tout ce qui importait.

Pour la première fois depuis si longtemps, je me suis sentie soulagée et je lui en ai moins voulu pendant un instant. Un instant seulement.

Posté par loonea à 23:16 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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